Wintertuin
(Jardin d'hiver)
18.03 – 19.06.2011
Une sélection de chefs-d'œuvre modernes des musées de Liège au Bonnefantenmuseum
C'est la première fois qu'un échange a lieu entre les collections de la Ville de Liège et celles du Bonnefantenmuseum. Aussi proches que soient Liège et Maastricht, les barrières culturelles et linguistiques handicapent trop souvent le contact et l'échange entre les deux villes. Après une présentation de la collection du Bonnefanten chez ses voisins (Jardin d'hiver, à voir au MAMAC jusqu'au 27 février), c'est à leur tour de venir présenter la leur ici.
La collection de classiques modernes est d'un niveau exceptionnel. A ce titre, la TEFAF 2011 est l'occasion unique de faire connaître ces « joyaux » de Liège au grand public comme aux professionnels. Ces œuvres ont été rassemblées à partir des années vingt du siècle précédent, et doivent leur cohésion à une double et audacieuse entreprise de l'époque. Il s'agit d'une part de la donation (partielle) de la collection privée de Fernand Graindorge à la Communauté Française de Belgique (en dépôt au Musée d'art Wallon). Graindorge était un collectionneur de niveau européen et longtemps défricheur de l'art à Liège et alentours. La seconde action est l'acquisition d'un ensemble de neuf toiles de la célèbre vente de Lucerne en 1939 de l' « Entarterte Kunst », pendant laquelle fut vendu l'art considéré comme dégénéré par le régime d'Adolf Hitler. C'est à cette vente que nous devons notamment les œuvres de James Ensor, Paul Gauguin et Pablo Picasso.
Avec Wintertuin, le Bonnefanten présente une quarantaine de pièces maîtresses classiques modernes issues des collections de la ville de Liège et de la Communauté Française de Belgique. Pour la première fois depuis sa création, le musée est fier de présenter des œuvres datant du pré-impressionnisme jusqu'aux avant-gardes de la première moitié du XXème siècle, parmi lesquelles un ensemble exceptionnel de six œuvres ayant reçu l'appellation de trésors nationaux belges (Ensor, Gauguin, Kokoschka, Libermann, Marc, Picasso).
L'exposition rassemble une sélection de grands noms allant du pré-impressionnisme et de l'impressionnisme français et belge jusqu'aux représentants de l'Ecole de Paris pendant le premier quart du siècle dernier, avec entre autres des œuvres de Monet, Pissarro, Ensor, Van Rysselberghe, Signac, Picasso, Chagall, Marc, Kokoschka, Gauguin, Léger ou encore Arp. Nous vous proposons un aperçu chronologique de Wintertuin avec la description de quelques œuvres centrales dans l'accrochage.
James Ensor 1860 - 1949
L'Hôtel de Ville de Bruxelles (1885) est l'un des rares paysages urbains peints par Ensor. Le jeu de composition entre toits et façades est remarquable dans ce tableau, mais ce qui l'est plus encore est la présence de quatre carrés géométriques aux couleurs primaires sur un panneau d'affichage, en bas à gauche du tableau. Avec ces quatre carrés de couleur pure, Ensor introduit l'avant-garde dans cette œuvre à la tonalité générale classique.
Un autre tableau présenté dans l'exposition est plus caractéristique de la période grotesque d'Ensor, qui débute à partir de la fin des années 1880, et à partir de laquelle macabre et ridicule de la destinée humaine figurent en corollaires centraux de son œuvre.
La Mort et les masques (1897) représente la mort, entourée de sept masques, tenant une chandelle chancelante à la main. Le thème de la mort est répété dans le ciel, où deux faucheuses poursuivent allègrement une montgolfière. Les masques, chinoiseries et coquillages présents dans l'œuvre de James Ensor sont une référence directe à l'arsenal à disposition dans le magasin de souvenirs que tenaient ses parents à Ostende.
Théo van Rysselberghe 1862 - 1926
Tout comme James Ensor, Rysselberghe appartenait au cercle des XX, un groupe d'artistes allant à l'encontre des mouvements académiques et à la recherche des avant-gardes de l'époque et organisant à partir de 1883 une exposition annuelle avec vingt artistes invités. Deux toiles de Rysselberghe présentées dans l'exposition Wintertuin attestent notamment du talent de portraitiste du peintre.
Les sœurs du peintre Schlobach de 1884 est une composition au fond illustré d'une riche gamme de gris, chargé de références exotiques (certainement dues à un séjour récent de l'artiste au Maroc au moment de la réalisation du tableau). A l'inverse de cette richesse de textures, de dégradés chromatiques et de mouvements de matières, les deux figures centrales du tableau se distinguent par leur statisme et leur sobriété expressive.
Une autre œuvre,
La Dame en blanc – Portrait de Mme Théo van Rysselberghe, de 1904, montre l'affiliation de Rysselberghe au Néo-impressionnisme de Seurat, sans pour autant aller jusqu'au pointillisme. Ce tableau fait partie d'une série de portraits d'écrivains et d'artistes avec lesquels Rysselberghe entretenait une grande complicité. Il s'agit ici d'un portrait de sa femme, qui était aussi l'éditrice des catalogues du Cercle des XX et de la revue l'Art Moderne. Le livre qu'elle tient à la main rappelle son lien étroit avec l'art, la littérature et l'édition.
Paul Gauguin 1848 - 1903
Le Sorcier d'Hiva-Oa ou Le Marquisien à la cape rouge de 1902 est l'un des derniers tableaux peints par Gauguin avant sa mort en 1903. Le personnage central est identifié comme ayant été le le sorcier et meilleur danseur d'Hiva-Oa, île où le peintre passa les deux dernières années de sa vie, fuyant l'occidentalisation progressive de Tahiti. Ce dernier initia Gauguin aux traditions et coutumes locales de l'île. Il s'agit d'un tableau faisant partie d'une série de portraits réalisée par Gauguin d'hommes efféminés, à l'allure androgyne, fréquents dans la société polynésienne. La scène qui se déroule entre les trois personnages, et dont se dégage un certain mystère, est concentrée sur la partie gauche du tableau, en pendant à une évocation de la nature empreinte de sérénité qui constitue la partie droite de la toile.
Pablo Picasso 1881 - 1973
La famille Soler (1903) est une œuvre de commande réalisée par Picasso pour son tailleur, en tant que monnaie d'échange pour des costumes. Elle fait originellement partie d'un triptyque complété par les portraits de Monsieur et de Madame Soler. L'œuvre a aussi été intitulée Le déjeuner sur l'herbe de la famille Soler, en référence à l'œuvre d'Edouard Manet. Elle se distingue cependant (entre autres )des thématiques de Manet par la présence d'un fusil, d'une gibecière et d'un lièvre, et relate plutôt l'issue d'une partie de chasse. Picasso, à l'aube de sa période bleue, peint à cette époque, où il vit à Barcelone, une série de portraits d'amis et de membres son entourage. Le tableau est réalisé d'après photographies, et non d'après modèle vivant, ce qui confère à ses personnages un aspect relativement figé. L'uniformité du fond bleu/vert émeraude (après quelques tentatives cubistes recouvertes, en haut à gauche du tableau, derrière la tête de Madame Soler) rappelle la toile de fond tendue par les photographes de studio de l'époque.
Marc Chagall 1887 - 1985
La Maison Bleue est peinte en 1920 à Vitebsk en Biélorussie, lieu de naissance de Chagall (en 1887). Un cochon est visible au premier plan de l'isba en rondins de bois coloré, et un fantôme de coq se devine sur la cheminée. Ces éléments sont autant de vestiges de l'enfance de l'artiste, récurrents dans toute son œuvre par la suite. Chagall est âgé de 33 ans quand il peint ce tableau. Il a déjà fait l'expérience de différents mouvements artistiques, tels que le cubisme, qu'il a découvert à Paris entre 1910 et 1914. 1920 correspond à la date à laquelle Chagall décide de s'exiler définitivement en France, après de nombreuses activités artistiques en Russie (avec notamment la création d'une académie et d'un musée à Vitebsk), mais également après certains heurts avec ses contemporains suprématistes. A partir de cette époque, Vitebsk devient l'image du souvenir qui nourrira son œuvre et son imaginaire tout au long de sa vie.
Oskar Kokoschka 1886 - 1980
Monte-Carlo, peint en 1925, fait partie d'un ensemble de tableaux réalisés pendant les nombreux voyages qu'entreprit Kokoschka entre 1924 et 1931. A cette époque, il se tourne vers le paysage et dépeint Monte-Carlo comme un lieu de villégiature mondain. Les personnages présents au premier plan en bas du tableau, avec leur physionomie recherchée, font montre du talent de portraitiste du peintre. A travers le geste de connivence échangé entre les deux protagonistes se dévoile un peu de leur vie intérieure et de leur sentiments. Le tableau, acquis en premier lieu par le Musée de Francfort en 1926, sera considéré comme art dégénéré en 1937 et décroché, attestant de l'inscription de Kokoschka en marge des normes académiques et du conservatisme en vigueur.
Wintertuin est le résultat d'une initiative de Laurent Jacob, directeur de l'asbl Espace 251 Nord, et d'une collaboration avec le Bonnefantenmuseum, le MAMAC (Musée d'Art Moderne et d'Art Contemporain de la Ville de Liège) ainsi qu'avec le Musée de l'Art Wallon à Liège. En collaboration avec Alexander van Grevenstein, directeur du Bonnefantenmuseum et commissaire des expositions. Wintertuin est un projet d'Espace 251 Nord et de la Ville de Liège dans le cadre de Liège Métropole Culture 2010, avec le soutien de la Présidence belge du Conseil de l'Union Européenne et l'aide de la Communauté Française de Belgique.
Entrée gratuite
Pendant toute la durée de Jardin d'hiver et de Wintertuin, votre billet d'entrée dans l'un des deux musées – MAMAC à Liège et Bonnefantemuseum à Maastricht - vous donne gratuitement accès au second. Vous aurez ainsi la possibilité de visiter gratuitement le MAMAC de Liège sur présentation de votre billet du Bonnefantenmuseum de Maastricht, et vice versa. Valable jusqu'au 19 juin 2011.
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