Sidi El Karchi / Bas de Wit

11 avril – 27 juin 2010

Le Bonnefantenmuseum présente le travail récent de Sidi El Karchi et de Bas de Wit, deux artistes suivis avec attention depuis leur sortie des Beaux-Arts de Maastricht il y a une dizaine d'années. Depuis cette période, leur parcours respectif s'est largement étoffé : ils ont tous deux gagné des prix encourageant leur travail, ont eu des expositions solo et collectives, et leur travail est respectivement représenté par des galeries à Amsterdam et à Cologne. Le Bonnefantenmuseum a fait l'acquisition de pas moins de huit installations et peintures  de ces deux artistes. Ces œuvres font partie du double solo qui leur est prochainement dédié.

Et pourtant, il n'est pas besoin d'une double exposition pour constater que Sidi El Karchi et Bas de Wit ne sont pas un duo - ils seraient plutôt l'opposé l'un de l'autre. Prenez d'un côté toute l´'attention au détail apportée par Sidi El Karchi à ses portraits, par laquelle il se pose quasiment en digne représentant de la fine peinture. Voyez ensuite l'attitude presque détachée de Bas de Wit dans sa manière d'assembler les éléments visuels qui constituent ses peintures comme ses sculptures, comme s'ils pouvaient ensuite être dissociés sans plus de façon. Alors que l'un travaille quasiment exclusivement le genre classique du portrait, l'autre produit en cascade  des sculptures et des peintures qui se posent là crânement, comme dans un acte de bravoure.

La figuration est centrale dans leur travail à tous les deux, et notamment la représentation de la figure humaine. Les éléments purement plastiques que sont la couleur, la ligne et le trait, la texture, y occupent une place importante et sont utilisés avec brio par les deux artistes pour accentuer le contenu symbolique et psychologique de leurs portraits et représentations.

La (double) expo solo présentée au Bonnefantenmuseum donne une idée du développement individuel de Sidi El Karchi comme de Bas de Wit.

C'est pendant ses études que Sidi El Karchi a décidé de se concentrer quasi exclusivement  sur le portrait, le plus souvent de ses proches, amis et amours, ou de ses idoles - comme Michael Jackson. Le point de départ de ses portraits sont la ligne et le contour, qui font penser aux méthodes utilisées à l'époque de l'Art Nouveau ou de l'Art Déco. Sa manière de dessiner et de peindre en appelle à une tradition de la ligne et de la décoration. Ses portraits retenus, symboliques, dans lesquels il figure une personne toujours changeante, forcent à l'introspection et au regard intérieur, à une quête plus spirituelle que formellement analytique.

Sidi El Karchi utilise comme point de départ de ses peintures des séries de dessins préparatoires, il détermine ensuite la taille de sa peinture,  choisit un détail, arrête une composition. S'ensuit un processus de couleur sur couleur, couche après couche – répété parfois jusque trente fois d'affilée. La taille croissante de ses tableaux, dans lesquels Sidi El Karchi cherche à équilibrer le poids de la figure et de  son arrière-plan, l'importance du sujet représenté et de la peinture elle-même ; contribue à accentuer le sentiment d'inaccessibilité qui s'en dégage.

Les emblématiques autoportraits de Sidi El Karchi forment une catégorie à part dans  son œuvre naissant. Il s'y représente dans des rôles archétypiques  d'artiste: en Van Gogh, génie maudit au chapeau de paille, en pionnier de l'art en bleu de travail, en dandy hédoniste dans son autoportrait d'après Beckmann.  Dans ses autoportraits les plus récents cependant, le ton donné aux différents rôles joués est de plus en plus sérieux.

Ses peintures ne sont pas réalisées d'après nature, mais la plupart du temps d'après photo. Une réalité photographique en est donc le point de départ. La mission que Sidi El Karchi se donne dans son travail est la manipulation de l'œil de la caméra, pour achever une représentation du monde entièrement à sa guise. Peu de place y est laissée à la spontanéité ou au hasard. La composition et l'exécution de ses tableaux sont structurées de manière telle que la réalité n'y a plus aucune prise. Cette maîtrise totale des éléments source de ses tableaux mène à un silence visuel achevé, à une transparence unique qui sont rarement atteints par le film ou la photographie – toujours sujets aux bruissements de la vie.

Le travail de Bas de Wit  foisonne quant  à lui de figures et personnages hauts en couleurs qui s'invitent dans ses installations et sculptures et occupent l'espace comme seuls des invités indésirables peuvent le faire, balançant ici et là leurs blagues au goût discutable – sans se préoccuper le moins du monde de ce qui les entoure. Bas de Wit est un glouton visuel. C'est aussi un touche à tout de génie, qui passe de la peinture à la sculpture sans la moindre peine. Un chaos nerveux transpire de son œuvre.

Bas de Wit partage sa préférence pour l'assemblage et un vocabulaire visuel grotesque avec les observateurs de ses œuvres. Il nous montre un monde d'ombres hilarant et ambivalent, très politiquement incorrect, où tout ce qui semblait innocent et pur est passé de l'autre côté de la barrière. Fort heureusement, il ne tombe jamais dans le moralisme ou la prétention.

Bas de Wit est un travailleur forcené dont la production massive est environnée au quotidien des vapeurs de l'epoxy, du polyuréthane et du polyester. Ses sculptures et installations, créées après un puissant processus d'associations, dégagent une dynamique propre et semblent comme prêtes à sauter de leur socle. Pas de méprise cependant : Bas de Wit travaille d'après des moulages et essais préparatoires, qui demandent une grande précision technique et un contrôle assidus. La surprise (pour l'artiste lui-même) arrive avec la touche finale, quand il achève une pièce, y portant son dernier coup. Cela peut être un ajout, un élément de plus, ou un titre absurde suggérant une dernière idée de derrière les fagots (The more you cry, the less you pee).

Ce qui distingue Bas de Wit des autres artistes est son impétuosité dans sa propension à l'imagination et dans son pouvoir de représentation. Il nous convie dans son monde visuel furieux, son décor instantanément reconnaissable, où aucune logique ne trouve sa place - encore moins quelque ébauche de théorie que ce soit. De manière comique, provocante, et parfois poignante, Bas de Wit relativise et met les choses en perspective, et laisse la porte ouverte à la forme comme au contenu.


Sidi El Karchi (1975) vit et travaille à Sittard et à Maastricht. Il a étudié à la School of Fashion à Sittard et à l'Académie des Beaux-Arts de Maastricht. Expositions récentes: Steendrukkerij Amsterdam, 2010; Open Studio's. I.S.C.P., New York, 2009.

Bas de Wit (1977) vit et travaille à Maastricht. Il a étudié à l'Académie des Beaux-Arts de Maastricht et à la HISK à Anvers. Expositions récentes: Volta Basel, Figge Von Rosen Gallery, 2009. www.basdewit.com

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Beeldmateriaal

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Sidi El Karchi, The Nomad, 2009
Foto Kyra van Hulzen
Bas de Wit, Toontje lager (monument to...), 2009 Detail
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Sidi El Karchi, Selfportrait after Beckmann, 2006
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Bas de Wit, SMS, flits, spatie en locatie, 2008
Foto Peter Cox
Bas de Wit, Toontje lager (monument to...), 2009
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
Foto Peter Cox
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